Retour vers le passé : Le Masque de la Mort Rouge (1964)

 

REALISATEUR

Roger Corman

SCENARISTES

Charles Beaumont et R. Wright Campbell, d’après la nouvelle de Edgar Allan Poe

DISTRIBUTION

Vincent Price, Hazel Court, Jane Asher, Patrick Magee…

INFOS

Long métrage américain/britannique
Genre : horreur
Titre original : The Masque of the Red Death
Année de production : 1964

La Mort Rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée. Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. Son avatar, c’était le sang, - la rougeur et la hideur du sang. C’étaient des douleurs aiguës, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l’être. Des taches pourpres sur le corps, et spécialement sur le visage de la victime, la mettaient au ban de l’humanité, et lui fermaient tout secours et toute sympathie. L’invasion, le progrès, le résultat de la maladie, tout cela était l’affaire d’une demi-heure.

Tournés entre 1960 et 1964, les huit longs métrages du “cycle de Poe” font partie des plus grandes réussites de la carrière de Roger Corman. Le roi de la série B n’avait en fait pas prévu d’en tourner autant lorsqu’il proposa à ses producteurs et distributeurs Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson d’utiliser l’argent habituellement consacré à la production de deux petites séries B en N&B pré-vendues en double programme pour réaliser un film en couleurs qui pourrait tenir l’affiche par lui-même. Grand lecteur d’Edgar Allan Poe dans sa jeunesse, Corman a imposé le sujet, une adaptation de La Chute de la Maison Usher, et livré une de ses meilleures réalisations.

Le succès aidant, Roger Corman ne s’est donc pas arrêté là et plusieurs autres “Poe films” ont suivi. Le Masque de la Mort Rouge aurait du être le deuxième, mais le réalisateur a repoussé plusieurs fois cette option, craignant les similitudes avec Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman. Corman a alors mis du temps à être satisfait du scénario et s’est finalement lancé en 1964, alors que cette série de long métrages touchait à sa fin et commençait à montrer quelques signes d’essoufflement (le précédent film, Le Corbeau, allait même jusqu’à inclure des éléments de comédie). Et tant mieux car Le Masque de la Mort Rouge est une superbe production, une poésie macabre à la somptueuse photographie.

 

 

Car si Roger Corman ne s’est jamais départi de son légendaire sens de l’économie, Le Masque de la Mort Rouge ne fait pas cheap pour autant, loin de là (contrairement à la plupart de ses bisseries des années 50). Bénéficiant d’une réduction de taxes grâce à un premier tournage en Angleterre, Corman a pu réutiliser une partie des décors d’une importante production pour le château de Prospero, lieu de décadence où les seigneurs de la région laissent libre cours à leurs plus bas instincts. Adorateur du diable, Prospero tente de corrompre la jeune et pure Francesca… tandis qu’au-delà des murs de sa forteresse, la Mort Rouge s’abat sur ses terres…

Le grand Vincent Price est comme souvent réjouissant dans le rôle principal, un personnage plus nuancé qu’il n’y paraît grâce aux apports des scénaristes, le court texte de Edgar Allan Poe étant plus que léger sur le plan du développement des protagonistes (la plupart ont été inventés directement pour le film qui s’inspire également d’une autre nouvelle de Poe, Hop-Frog, pour enrichir les rebondissements).

Parmi la distribution, il y a notamment Hazel Court, l’une des reines du cinéma d’horreur des années 50/60 et qui avait déjà tourné sous la direction de Roger Corman dans L’Enterré Vivant et Le Corbeau. Elle joue ici la compagne de Prospero, qui voit d’un très mauvais oeil la relation du Prince avec Francesca et est au centre d’une étonnante scène où son personnage s’abandonne au démon qui valut au film quelques ennuis avec la censure britannique de l’époque.

 

 

Visuellement, Le Masque de la Mort Rouge bénéficie de l’excellent travail du directeur de la photographie Nicolas Roeg, futur réalisateur de Ne vous retournez pas et des Sorcières. Le jeu sur les ombres dans les prisons du château; le contraste éclatant avec les démonstrations grotesques qui se déroulent dans la grande salle, avec des couleurs plus vives qui sont le reflet des esprits torturés qui règnent et s’ébattent en ces lieux, participent à l’efficacité d’une oeuvre qui propose une atmosphère superbement travaillée sans recourir à trop de scènes chocs gratuites…jusqu’à un final intense et flamboyant où le jeu de Vincent Price fait merveille.

Et la vie de l’horloge d’ébène disparut avec celle du dernier de ces êtres joyeux. Et les flammes des trépieds expirèrent. Et les Ténèbres, et la Ruine, et la Mort Rouge, établirent sur toutes choses leur empire illimité.

 

EN + : 


Le Masque de la Mort Rouge a été adapté en comic-book par Dell Comics, avec Frank Springer aux dessins.

 

 

 

 

 

 

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par Le Doc

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