Olivier Berlion à Angoulême

A la veille de la sortie de La commedia des ratés, Olivier répond à nos questiions.

Interview d'Olivier Berlion sur le festival d'Angoulême 2011.
 

 

BDS : Bonjour Olivier Berlion, vous êtes le dessinateur de Lie de vin, le cadet des Soupetard et Sales mioches !, mais aussi l’auteur de Tony Corso et d’Histoires d’en ville et aujourd’hui sur le projet Destins. Comment en êtes-vous arrivé à devenir dessinateur et même auteur ?

 

 


Ca remonte à l’enfance, tout simplement. Je suis, à la base, un passionné de BD. J’étais collectionneur, lecteur compulsif de BD, abonné au journal de Spirou pendant une dizaine d’année et j’avais envie d’être auteur de bd mais pas forcément illustrateur. J’aimais raconter des histoires, et j’aimais dessiner. La BD m’a permis de faire les deux. Au départ, comme j’avais plus de lacunes en dessin, je me suis plus concentré dessus et petit à petit je suis arrivé au scénario. C’est complet pour moi.

 

 

BDS : La rencontre décisive pour vous semble être celle avec Eric Corbeyran, qui a eu lieu ici même au festival d’Angoulême en 91 ou 92 et avec qui vous avez fait vos premières séries. Comment cela s’est passé ?


Je trainais à Angoulême pour la troisième année consécutive,  à la recherche d’un contrat, de contacts. J’ai croisé un ami qui connaissait Corbeyran, un ami avec qui j’avais fait du camping l’été d’avant et qui me propose de rencontrer un scénariste. Il me présente Eric qui, à l’époque, ressemblait à un chevalier gothique avec des grands cheveux noirs, des mitaines noires avec des clous… Je me suis dit que ce personnage n’avait rien à voir avec mon univers. Puis il me parle de l’histoire d’un petit enfant à la campagne qui s’appelle Soupetard et c’est le coup de foudre immédiat pour ce qu’il me raconte. Une semaine après je lui ai envoyé une page, une semaine plus tard on signait chez Dargaud. Ca s’est fait comme ça, c’était assez miraculeux.
 

 


Après on a développé beaucoup sur l’enfance(Lie de vin, le cadet des Soupetard, Sales mioches !...), on a un peu conclu notre collaboration avec Lie de vin qui se base sur une enfance difficile autour d'un enfant abandonné. Maintenant on se retrouve de temps en temps sur des récits, des one-shots, nous ne faisons plus vraiment de grande série ensemble, on a déjà fait une vingtaine de BD… Mais on aime bien se retrouver tous les deux ou trois ans....)

 

 


BDS : Vous êtes passé ensuite de dessinateur à auteur avec Histoires d’en ville ou Tony Corso. Comment s’est passé la création d’Histoires d’en ville ?


Alors ça a été dur. C’était mon grand projet qui trainait dans ma tête depuis longtemps. J’ai profité du succès de Lie de vin pour imposer ce sujet qui ne serait jamais passé autrement. Une histoire dans une banlieue pourrie, avec sept ou huit personnages mais pas de héros, une histoire sombre. Grâce à Glénat, j’ai pu faire exactement ce que je voulais. Malheureusement le public n’a pas été là, c’était le risque. Mais dix ans plus tard on m’en parle encore et je suis vraiment content. C’était la grosse pression, c’était mon premier scénario, et je l’avais beaucoup travaillé.

Après je suis passé sur Tony Corso. Je me suis dit que j’aimerais quand même bien qu’on lise mes histoires, et qu’il fallait que j’arrête d’aller jusqu’au boutisme… Tony c’est un mélange. Il y a un décor attirant mais dedans je continue de faire passer les messages que je souhaite faire passer, sous le ton de la légèreté. J’ai d’ailleurs pu ainsi élargir mon public.


BDS : Jouissant aujourd’hui d’une certaine notoriété, avez-vous envie de revenir à Histoires d’en ville ?

 


Oui, j’ai deux, trois histoires dans la tête un peu là-dessus. Je ne sais pas trop ce que je vais faire, je suis en pause, je me donne du temps pour réfléchir.

 

 

 


BDS : La suite d’Histoires d’en ville migre vers Saint-Tropez, région dans laquelle opère Tony Corso. Pour quelle raison avez-vous choisi cette région ?


Mon oncle a construit une maison dans les années 70 à 20km de St-Tropez, j’ai passé toutes mes vacances d’été dans le coin. J’aimais bien cet endroit, je le trouvais chouette. Puis un jour j’ai eu cette idée de détective qui travaille pour les riches, pour les mafieux… Je voulais changer, basculer l’idée qu’on avait du détective privé. Je me suis dit qu’en vérité, Il est souvent du mauvais côté, on l’appelle parce qu’on ne peut pas appeler la police. Avec de l’argent mal gagné, de l’évasion fiscale…et comme je connaissais St-Tropez, je me suis dit que c’était idéal de le placer là-bas.


BDS : La série
Destins fait appel à plusieurs scénaristes et plusieurs dessinateurs, comment s’intègre-t-on dans ce type de projet ?


La première difficulté a été que, comme tout le monde a commencé en même temps, on ne pouvait se référencer qu’à des croquis faits en amont, et il y en avait très peu. Nous avions créé un site sur lequel chacun publiait ses planches au fur et à mesure afin d’harmoniser un peu. On ne nous a pas demandé de s’adapter à un graphisme, mais de faire ce que nous devions faire. C’était un risque mais un risque assumé par l’éditeur et le scénariste.


BDS : Et pour les décors ?


Heureusement, il y a Google Street View, comme je devais dessiner Houston, j’ai pu promener dans la ville…  Donc pour la documentation, ça a été plutôt simple. Vingt ans plus tôt, j’en aurais vraiment bavé.


Par contre j’avais un inconvénient, c’est que tout se passait dans un tribunal et il n’y a aucune image de tribunal, car on n’a pas le droit de filmer ou de prendre des photos. C’est très difficile de trouver des images de cet endroit. Je dois l’avouer honteusement, j’ai  regardé des Daredevil. Il y a des procès autour de cette série et je me suis un peu inspiré des décors.


BDS : Comment fait-on dessiner une histoire qui tourne essentiellement autour d’un procès, en huis clos. Qu’est-ce qui a été difficile ?


C’est vrai que dans cet album, le plus dur était de dynamiser des scènes où beaucoup de gens parlent dans un procès. C’était un petit peu un défi et je suis assez content du résultat. Ce n’est pas ennuyeux malgré tout. Je me suis amusé à tourner autour des personnages, faire bouger un petit peu la caméra. C’était un vrai challenge parce que si j’avais accumulé les images fixes sur les gens qui parlent…. Le but était de mettre de la tension là où il n’y en avait pas forcément, arriver à en créer, jouer avec les regards. Il fallait  tout jouer là-dessus.


BDS : Les histoires policières, en tant que scénariste ou dessinateur semblent vous attirer, êtes vous un lecteur assidu de romans policier et lesquels ?


Effectivement, je lis énormément de romans policiers. Je regarde beaucoup de films policiers. J’ai toujours été attiré par le polar parce que ca permet de mettre en mouvement des personnages. J’ai une philosophie de la vie, je pense que les gens  se révèlent  non pas par ce qu’ils disent mais par ce qu’ils font. Il y a beaucoup de gens qui parlent mais en fait, dans leurs actes, on les voit vraiment. Je pense que le polar, la situation du polar, c'est-à-dire un élément déclencheur qui les déstabilise et ensuite qui les met en situation, révèle les gens. J’adore utiliser le polar pour faire parler mes personnages.


BDS : Des projets à venir ?


Je suis en train de terminer le second et dernier tome d’une adaptation d’un autre polar, de Tonino Benacquista, dont le premier tome vient de sortir aux éditions Dargaud, la commedia des ratés.

Ensuite, les autres projets ne sont que du polar pour le moment. Mais je compte venir sur de la BD pour enfants  avec du dessin humoristique parce que c’est ce qu’il me manque. Je n’en ai encore jamais fait et j’ai un style humoristique caché depuis des années que j’ai envie de mettre sur planches. Ce sera avec Corbeyran, une nouvelle fois.


J’aime bien changer de style, je ne sais pas si vous avez remarqué(cf les extraits de planches ci-dessus). C’est un métier solitaire, un peu ennuyeux car on passe des heures  et des heures sur une page et je trouve que de varier les styles me redonne un peu d’énergie, le goût de dessiner. Je ne pense pas que j’aurais pu continuer pendant 20 ans le même dessin, je serais devenu fou.


BDS : Donc pas d’envie de rester sur une série longue ?


Si mais en alternance avec d’autres projets. J’adore revenir sur Tony, et j’espère qu’il a un grand avenir encore.


BDS : Vous avez dit, il ya quelques temps, avoir des histoires en stock pour les 10 prochaines années, est-ce toujours vrai ?


Dix ans, si je les dessine (rires). J’ai  cinq ou six histoires qui trainent encore mais je ne sais pas si je les dessinerai ou si je les ferai dessiner par quelqu’un.


BDS : Jusqu’à présent vous n’avez jamais écrit pour un dessinateur ?


Jusqu’à présent non. Là je viens de signer un contrat en co-écriture avec un écrivain qui s’appelle Antonin Varenne (Le fruit de vos entrailles et Le gâteau mexicain !) et qui sera dessiné par Olivier Thomas (Sans pitié, Arvandor)


BDS : Une première expérience de l’autre côté alors ?


Oui, c’est ça, c’est la première.


BDS : Exigeant avec le dessinateur ?

 


C’est vrai que ce n’est pas facile. Mais Olivier Thomas bosse énormément le story-board et c’est ça le plus important. Quand on aime le dessin, il n’y a pas de soucis, moi j’aime son dessin.

Mais après c’est : « est-ce qu’il exprime ce qu’on a voulu dire ? » et ça, tout se joue dans le story-board. Thomas le travaille énormément, il nous le soumet, et pour l’instant nous sommes super content de ce qu’il fait.

 


BDS : Pas trop dur de laisser les rênes du dessin ?


C’est vrai que quand on est dessinateur, c’est difficile de lâcher le crayon à quelqu’un d’autre mais bon c’est le jeu.


Merci Olivier pour cet interview, il ne nous reste qu’à vous découvrir ou vous redécouvrir dans votre nouveau diptyque, La commedia des ratés.
 

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par damss

BDs, mangas, comics, ..... le sport bien sûr, men sana in corpore sanum !

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