Retour vers le passé : Misery (1990)

 

REALISATEUR

Rob Reiner

SCENARISTE

William Goldman, d’après le roman de Stephen King

DISTRIBUTION

James Caan, Kathy Bates, Richard Farnsworth, Lauren Bacall, Frances Sternhagen…

INFOS

Long métrage américain
Genre : thriller
Année de production : 1990

L’écrivain Paul Sheldon vient de terminer son nouveau livre, le premier depuis qu’il a décidé d’arrêter sa populaire série à l’eau de rose Misery Chastain en tuant l’héroïne éponyme à la fin du dernier tome. Surpris par une tempête de neige, il a un accident de voiture alors qu’il quittait son chalet pour remettre son manuscrit à son éditrice. Gravement blessé, il est sauvé par Annie Wilkes, une ancienne infirmière solitaire qui se trouve être son admiratrice la plus fidèle. Mais quand Annie découvre que l’auteur a tué son personnage favori, la convalescence de Paul se transforme en cauchemar…

L’un des thèmes principaux de l’oeuvre de Stephen King, c’est son propre métier…et il était donc naturel qu’il aborde un jour le sujet du fan psychotique. Le fait qu’une partie de ses fans ont à l’époque accueilli négativement son roman de fantasy Les Yeux du Dragon, rejetant donc une oeuvre qui ne contenait pas les éléments qui ont fait son succès, a aussi été pris en compte dans l’élaboration de Misery.
Mais ce que King a longtemps hésité à révéler, c’est que Misery est aussi une métaphore de l’état dans lequel il a passé une grande partie des années 80. Pour lui, Annie Wilkes est la personnification de sa dépendance aux drogues et à l’alcool et des effets de ces substances sur son corps, le faisant se sentir seul et détaché de ses proches tout en réduisant à néant tous ses efforts pour tenter d’échapper à leur influence.

 

 

Parce que le roman le touchait donc de très près, Stephen King a donc d’abord été réticent lorsqu’on lui a proposé de vendre les droits pour une adaptation cinématographique. Il a fini par accepter quand il a su que Rob Reiner avait été engagé pour réaliser le film. Rob Reiner a réalisé en 1986 le superbe Stand by me, qui fait partie des plus belles transpositions à l’écran d’une histoire de Stephen King (la novella Le Corps dans le recueil Différentes saisons). Plus connu dans les registres de la comédie et du drame, Rob Reiner a vu en Miseryl’occasion de “sortir de sa zone de confort” et il a amené avec lui l’expérimenté scénariste William Goldman, avec qui il avait travaillé sur le magnifique Princess Bride.

La combinaison de ces talents a donné un très bon film qui, dans ses moments de grande tension, n’a rien perdu de son efficacité. Le suspense est bien construit, avec des révélations qui arrivent au bon moment, et des scènes qui savent trouver l’équilibre idéal entre les genres, entre les éléments horrifiques, le drame humain et une pincée de comédie (comme lors du dîner entre Paul et une Annie romantique et maladroite et dans la description de la relation entre le shérif et sa femme).
Le récit prend définitivement la voie de l’horreur à l’occasion d’une scène-choc mémorable, différente du roman, mais tout aussi insoutenable. Dès ce moment précis, la montée en puissance est implacable et le final ne déçoit pas.

 

 

Misery aurait tout de même été plus étouffant si le réalisateur et son scénariste n’avait pas décidé d’aérer l’action en donnant plus d’importance aux éléments extérieurs, ici l’enquête du shérif de la petite ville voisine pour retrouver Paul. Cette partie est absente d’un roman beaucoup plus claustrophobique. Mais le long métrage retrouve toute sa puissance dès qu’il se concentre sur ses deux personnages principaux.

Le rôle de Paul Sheldon avait été refusé par de nombreux acteurs avant d’être proposé à James Caan (Le ParrainRollerball…). Warren Beatty voulait même en faire un personnage plus actif, ce qui aurait cassé la dynamique du duo. Si James Caan livre une prestation solide, la vraie star du film est bien entendu une Kathy Bates alors inconnue. Le personnage d’Annie Wilkes a boosté sa carrière débutée une dizaine d’années plus tôt et lui a valu un Oscar bien mérité (le seul décerné à une adaptation de Stephen King). Superbement filmée (judicieux angles de caméra), Kathy Bates a construit un personnage fascinant et effrayant à la fois, plein de nuances et de contradictions.

 

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par Le Doc

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